Une tempête fait s'effondrer une partie du mur que tu étais en train de monter. Un vol de nuit vide ton chantier de 15 000 € de matériaux. Un incendie détruit la charpente posée la semaine précédente. Dans chacun de ces cas, ni ta décennale ni ta RC Pro ne jouent — elles couvrent autre chose. La TRC, elle, est faite exactement pour ça.
Sauf que la TRC reste méconnue parmi les artisans indépendants. Beaucoup la confondent avec d'autres garanties, d'autres ne savent pas qui doit la souscrire. Ce guide démêle tout.
Qu'est-ce que la TRC ?
La TRC — Tous Risques Chantier — est une assurance de choses qui couvre les dommages matériels aux travaux en cours de réalisation. Elle protège l'ouvrage lui-même pendant la période de construction, depuis l'ouverture du chantier jusqu'à la réception des travaux.
Contrairement à la décennale ou à la RC Pro, la TRC n'est pas une garantie de responsabilité. Elle ne couvre pas le fait de causer un dommage à quelqu'un d'autre — elle couvre le fait de subir un dommage sur ce que tu es en train de construire. C'est une assurance de type « dommages aux biens », appliquée au monde du chantier.
Elle est souscrite soit par le maître d'ouvrage (le client ou le promoteur), soit par l'entreprise principale, soit par l'artisan lui-même — selon ce que prévoit le contrat de marché.
La TRC court à compter de l'ouverture du chantier et expire à la réception des travaux. Une fois l'ouvrage réceptionné, c'est la garantie décennale qui prend le relais pour les dommages graves pendant 10 ans.
TRC obligatoire ou facultative ?
Légalement, la TRC n'est pas obligatoire. Aucune disposition du Code des assurances n'impose à un artisan de souscrire une TRC pour démarrer un chantier — contrairement à l'assurance décennale, rendue obligatoire par l'article L.241-1 du Code des assurances avant toute ouverture de chantier.
En revanche, elle peut être contractuellement obligatoire — et c'est là que beaucoup d'artisans se font prendre de court.
Marchés publics et CCAG
Pour les marchés publics (collectivités, offices HLM, établissements publics), les cahiers des clauses administratives générales (CCAG) — notamment le CCAG-Travaux — prévoient souvent que le maître d'ouvrage ou l'entreprise titulaire souscrit une TRC couvrant l'ensemble des intervenants. Si tu réalises un lot dans le cadre d'un marché public, lis les clauses assurance du CCAP (cahier des clauses administratives particulières) avant de signer.
Promoteurs et maîtres d'ouvrage professionnels
Les promoteurs immobiliers et les maîtres d'ouvrage professionnels exigent systématiquement une TRC enveloppante pour leurs opérations. Elle est souvent souscrite par le promoteur lui-même et couvre tous les corps de métier. Dans ce cas, tu n'as rien à souscrire — mais tu dois vérifier que tu es bien inclus dans la police.
Marchés privés avec des particuliers
Pour tes chantiers en direct avec des particuliers (rénovation, extension, construction), la TRC n'est généralement pas exigée contractuellement. C'est une couverture facultative que tu peux choisir de prendre ou non selon ton exposition au risque. Sur un chantier simple de 20 000 €, beaucoup d'artisans s'en passent. Sur un chantier de 200 000 € avec plusieurs mois de travaux, l'absence de TRC représente une exposition significative.
Ce que la TRC couvre — et ce qu'elle ne couvre pas
Risques couverts
Une police TRC standard couvre les dommages matériels soudains et imprévus subis par les travaux, notamment :
- Incendie, foudre, explosion — un incendie de chantier détruit les matériaux posés et les éléments en cours
- Vol et vandalisme — disparition de matériaux stockés sur site, dégradations nocturnes (attention : certaines polices prévoient des franchises élevées sur le vol de matériaux)
- Intempéries — tempête, grêle, inondation, chute de neige abondante qui endommage un ouvrage en cours
- Effondrement accidentel — une partie de structure s'effondre pendant les travaux pour une raison non liée à une malfaçon
- Choc accidentel — engin de chantier qui percute un mur en cours de montage
- Dommages aux existants (selon clause) — dommages causés à des parties de l'ouvrage existant lors des travaux de réhabilitation
Ce que la TRC ne couvre PAS
La TRC a des exclusions importantes que tout artisan doit connaître avant de souscrire :
- Les dommages causés aux tiers — voisins, passants, biens adjacents : c'est le rôle de ta RC Pro
- Les malfaçons et vices de construction — si l'ouvrage se dégrade à cause d'un défaut d'exécution, la TRC ne joue pas. C'est l'objet des garanties légales (GPA, biennale, décennale)
- Le matériel de chantier — tes outils, ta grue, ton échafaudage : ils sont assurés séparément par une assurance matériel de chantier (flotte)
- L'usure normale et les dommages progressifs — infiltrations lentes, corrosion progressive, fissurations liées au tassement non brutal
- Les dommages post-réception — une fois les travaux réceptionnés, la TRC s'arrête. La décennale prend le relais
- La responsabilité civile du personnel — les accidents de travail ou dommages causés par tes salariés relèvent d'autres garanties
Lis toujours les conditions particulières de ta police TRC — les franchises, les plafonds de garantie par sinistre et les exclusions spécifiques (vol de matériaux, dommages électriques, zone sismique) varient significativement selon les assureurs.
TRC, décennale, RC Pro : les différences
Les trois principales assurances d'un artisan BTP se cumulent — elles ne se remplacent pas. Chacune couvre une fenêtre de risque distincte.
| Assurance | Quand ? | Couvre quoi ? | Obligatoire ? |
|---|---|---|---|
| TRC | Pendant les travaux | Dommages matériels aux travaux en cours (vol, incendie, intempéries, effondrement accidentel) | NON — sauf contrat |
| Décennale | 10 ans après réception | Dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination | OUI — légalement |
| RC Pro | En permanence | Dommages corporels ou matériels causés à des tiers dans le cadre de ton activité | NON — fortement recommandée |
Sur un même chantier, tu peux avoir besoin des trois simultanément. Une TRC sans RC Pro laisse un vide sur les dommages aux tiers pendant les travaux.
Un exemple concret pour comprendre la frontière :
- Une tempête fait s'effondrer la charpente que tu viens de poser → TRC
- Lors de l'effondrement, un débris endommage la voiture du voisin → RC Pro
- Trois ans après réception, la charpente s'effondre à cause d'un vice de construction → décennale
Pour en savoir plus sur la décennale, consulte notre guide complet : Assurance décennale artisan BTP : obligations, tarifs et mentions obligatoires (2026). Et pour la RC Pro : RC Pro artisan BTP : rôle, obligation et différence avec la décennale (2026).
Combien coûte une TRC ?
Le tarif d'une TRC est indexé sur le montant des travaux HT à assurer. La fourchette de marché se situe généralement entre 0,15 % et 0,5 % du montant HT du chantier.
| Montant des travaux HT | Prime TRC estimée |
|---|---|
| 30 000 € | 45 € – 150 € |
| 80 000 € | 120 € – 400 € |
| 150 000 € | 225 € – 750 € |
| 300 000 € | 450 € – 1 500 € |
| 500 000 € | 750 € – 2 500 € |
Fourchettes indicatives 2026 — le taux exact dépend du type de travaux, de la durée du chantier, de la localisation et de la franchise choisie. Demande systématiquement un devis personnalisé.
Les facteurs qui font varier le taux
- Type de travaux : gros œuvre et démolition → taux plus élevé que second œuvre. Travaux en hauteur ou en zone sismique → surprime
- Durée du chantier : un chantier de 18 mois expose plus longtemps qu'un chantier de 3 mois — la prime en tient compte
- Zone géographique : zone de submersion (littoral), zone sismique (Alpes, DOM), zone de tempête élevée → taux majoré
- Franchise choisie : une franchise plus haute (par exemple 5 000 € au lieu de 1 500 €) réduit la prime — pertinent si tu prends la TRC pour les sinistres catastrophiques seulement
- Sinistralité de l'entreprise : un historique de sinistres TRC augmente le taux au renouvellement
Police annuelle vs police à la mission
Si tu enchaînes plusieurs chantiers par an, une police annuelle « tous chantiers » (souvent appelée TRC flottante ou annuelle) est généralement plus économique qu'une police souscrite chantier par chantier. Tu déclares un volume de travaux annuel prévisionnel, l'assureur ajuste en fin d'année. Comptez de 400 € à 1 200 €/an pour un artisan TPE avec un volume de travaux de 300 000 à 600 000 € HT/an.
La police à la mission est mieux adaptée pour un chantier ponctuel hors norme (gros marché exceptionnel, chantier longue durée) ou pour les artisans qui ne gèrent qu'un ou deux chantiers par an.
Guide complet des assurances obligatoires artisan BTP
Décennale, RC Pro, TRC, garantie de parfait achèvement — un récap clair de ce qui est obligatoire, ce qui est recommandé et comment arbitrer selon ton activité. Plus : 1 astuce admin BTP par semaine.
Recevoir le guide →Qui souscrit la TRC — artisan ou maître d'ouvrage ?
C'est une question que beaucoup d'artisans ne se posent pas — et qui peut mener à une double couverture coûteuse ou, à l'inverse, à un vide de garantie.
TRC souscrite par le maître d'ouvrage : le cas des grandes opérations
Sur les opérations de promotion immobilière, les marchés publics et les chantiers avec plusieurs corps de métier coordonnés, le maître d'ouvrage souscrit souvent une TRC enveloppante (ou « toutes entreprises »). Cette police couvre l'ensemble du chantier et tous les intervenants — artisans, sous-traitants, bureau d'études. Tu bénéficies de la couverture sans rien souscrire toi-même, à condition d'être bien mentionné dans la police.
Dans ce cas : demande une copie de l'attestation TRC et vérifie que ton lot est bien couvert (montant de travaux, durée du chantier, activités). Ne te contente pas d'un « oui on a une TRC ».
TRC souscrite par l'artisan : marchés privés et petits chantiers
Sur un marché en direct avec un particulier ou une TPE, c'est souvent l'artisan qui doit décider s'il souscrit une TRC. Aucune loi ne t'y oblige — mais ton exposition au risque, oui. Quelques repères :
- Chantier < 30 000 € HT, durée < 1 mois : TRC rarement justifiée — le risque résiduel est faible et la prime absorbe une part significative de la marge
- Chantier 50 000–200 000 € HT, durée 2–6 mois : TRC recommandée — une tempête ou un vol en milieu de chantier peut te faire perdre plusieurs semaines de travail
- Chantier > 200 000 € HT ou durée > 6 mois : TRC fortement recommandée — l'exposition cumulée est trop élevée pour rester non couvert
Vérifier le contrat avant tout
La règle d'or : lis les clauses assurance de ton contrat de chantier avant de signer. Si le contrat prévoit que l'artisan souscrit une TRC, tu es engagé à le faire. Si le maître d'ouvrage prend en charge la TRC, tu dois avoir confirmation écrite que tu es bien couvert.
Comment souscrire une TRC ?
Passer par un courtier BTP
Le courtier spécialisé BTP est la meilleure option pour un artisan qui n'a pas le temps de comparer les polices lui-même. Le courtier a accès à plusieurs assureurs, connaît les spécificités de chaque corps de métier et peut négocier des conditions adaptées. La rémunération du courtier est intégrée dans la prime — tu ne paies pas de frais supplémentaires.
Directement chez les assureurs spécialisés BTP
Plusieurs assureurs sont positionnés spécifiquement sur le BTP :
- SMABTP — mutuelle sectorielle du BTP, assureur de référence pour les entreprises du bâtiment. Offre des polices TRC annuelles adaptées aux artisans et aux PME.
- Allianz — large couverture sur les risques de construction, polices TRC disponibles pour les chantiers de toutes tailles.
- MAF (Mutuelle des Architectes Français) — spécialisée sur les professions de la construction et de la maîtrise d'œuvre. Pertinente si tu travailles en lien avec des architectes ou sur des opérations complexes.
Ces assureurs sont mentionnés à titre indicatif — compare toujours au moins 3 offres avant de souscrire.
Documents à préparer
Pour obtenir un devis TRC, prépare les informations suivantes :
- Montant HT des travaux à assurer (ou volume annuel si police flottante)
- Description des travaux (nature, corps de métier, techniques particulières)
- Durée prévisionnelle du chantier (date de démarrage, date de réception)
- Adresse et localisation du chantier (département, type de zone)
- Nom et coordonnées du maître d'ouvrage
- Franchise souhaitée
Pour une police simple, la souscription peut se faire en 24 à 48 heures. Pour un chantier complexe ou de montant élevé, prévois une semaine.
Cet article est fourni à titre informatif. Les conditions exactes d'une police TRC (couvertures, exclusions, franchises) dépendent du contrat souscrit. Pour une situation spécifique ou un chantier important, consulte un courtier en assurance spécialisé BTP ou ta chambre de métiers (CMA).
Questions fréquentes
La TRC est-elle obligatoire pour un artisan BTP ?
Non, la TRC n'est pas une obligation légale — contrairement à la garantie décennale imposée par l'article L.241-1 du Code des assurances. Elle peut toutefois être exigée contractuellement par certains maîtres d'ouvrage (promoteurs, collectivités, bailleurs sociaux) avant l'ouverture du chantier. Lis systématiquement les clauses assurance de ton contrat de marché avant de signer.
Quelle est la différence entre TRC et assurance décennale ?
La TRC couvre les dommages matériels subis par les travaux pendant le chantier (vol, incendie, intempéries, effondrement accidentel). La décennale couvre ta responsabilité envers le client pendant 10 ans après réception des travaux, pour les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage. Les deux polices sont complémentaires : la TRC protège pendant le chantier, la décennale protège après. Elles ne se remplacent pas.
Qui souscrit la TRC — l'artisan ou le maître d'ouvrage ?
Ça dépend du contrat. Sur de grands projets (promotion immobilière, marchés publics), c'est souvent le maître d'ouvrage qui souscrit une TRC « enveloppante » couvrant l'ensemble du chantier et tous les intervenants. Sur des chantiers privés plus petits où tu es l'unique ou le principal intervenant, tu peux la souscrire toi-même. Vérifie toujours dans le contrat qui a cette obligation pour éviter une double couverture ou, à l'inverse, un vide de garantie.
Combien coûte une assurance TRC ?
Le tarif se situe généralement entre 0,15 % et 0,5 % du montant HT des travaux. Sur un chantier de 100 000 € HT, cela représente entre 150 € et 500 € de prime. Le taux exact dépend du type de travaux, des risques du site (zone sismique, hauteur de chantier, zone inondable), du montant à garantir et de la durée prévisionnelle. Les artisans qui enchaînent plusieurs petits chantiers peuvent opter pour une police annuelle « tous chantiers », souvent plus économique.
La TRC couvre-t-elle les dommages causés à des tiers ?
Non. La TRC est une assurance de choses : elle couvre les dommages subis par les travaux eux-mêmes. Les dommages causés à des tiers (voisins, passants, biens adjacents) relèvent de ta RC Pro (responsabilité civile professionnelle) ou d'une garantie RC chantier spécifique. Ces couvertures sont complémentaires — une TRC sans RC Pro laisse un vide important sur les dommages aux tiers pendant les travaux.
Sources
- Légifrance — Article L.241-1 du Code des assurances (obligation d'assurance décennale) — vérifié 2026-05
- Légifrance — Article 1792 du Code civil (garantie décennale) — vérifié 2026-05
- Légifrance — Arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) — vérifié 2026-05
- Service-public.fr — Garantie décennale des constructeurs — vérifié 2026-05
Articles liés
- Assurance décennale artisan BTP : obligations, tarifs et mentions obligatoires (2026)
- RC Pro artisan BTP : rôle, obligation et différence avec la décennale (2026)
- Contrat de chantier artisan BTP 2026 : mentions obligatoires, acompte et résiliation
- Acompte artisan BTP : combien demander et comment le rédiger dans ton devis
- Garantie biennale artisan BTP 2026 : ce que tu dois réparer — et ce que tu n'as pas à assurer
- Assurance multirisque professionnelle artisan BTP (MRP) : guide complet 2026
- Assurance dommages-ouvrage artisan BTP 2026 : qui la souscrit et comment conseiller votre client